La sorcière oubliée

Je lis…

Melvin Burgess
Traduction de Laetitia Devaux
Gallimard
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Pour lecteurs collectionneurs :



J’étais très curieuse de découvrir ce que pouvait écrire Burgess
dans un registre fantastique et…. whahou….

Découvrir une communauté…

Une après-midi pluvieuse, alors que Béa ses parents et son frère rentrent tranquillement de week-end en voiture, ils croisent un immense cortège de chasse à la poursuite de deux lièvres. Assez naturellement, lorsque les lièvres s’approchent de la voiture, la famille va ouvrir les fenêtres pour permettre aux animaux d’entrer et s’abriter. Mais dans l’œil d’une de ces bêtes, Béa voit des mondes, une multitude de mondes qui s’imbriquent… Soudain monte en elle une voix, puissante, inconnue, qui invoque les seigneurs des bois. Jaillit alors une harde de cerfs qui s’interpose et met fin à la battue. Dans les jours suivants, Béa a de curieuses hallucinations, elle voit des scènes dans le ciel, entre les nuages. Une curieuse petite fille l’approche pour lui remettre un talisman qui soi-disant la protégerait… Tout au long de la première partie, Béa va naviguer entre hallucinations et vie de famille, découvertes magiques et mensonges, sans jamais savoir où se situe la réalité. Elle a 13 ans, des parents qui l’aiment, elle n’est pas prête à donner suffisamment de crédits à toutes ces choses étranges qu’elle découvre et qui exigent d’elle qu’elle quitte sa famille. Ne reste donc que l’autre option, celle que lui exposent ses parents, à savoir un début de démence. Et Béa accepte cette hypothèse, elle fait le choix de l’internement. Le lecteur lui-même doute au fur et à mesure des éléments et c’est ici un récit fantastique, dans la droite lignée du XIXé, que nous propose Burgess.

…un pouvoir

Mais la fin de la première partie nous précipite avec lucidité dans la seconde : non, il n’était pas question ici de manipulation mentale ou de folie, Béa est bien une sorcière, puissante, que la Chasse tente de capturer. Aidée au dernier moment par un ami qu’elle s’est fait récemment, elle parvient à s’enfuir. Le jeune homme, bien plus âgé qu’elle, lui apprend être un sorcier agent double, qui espionne la Chasse depuis de nombreuses années. Épuisée, coupée de sa famille et de ses amies, elle va s’appuyer sur les conseils de cet homme, qu’elle connaît doux et attentif. Celui-ci va l’aider à faire éclore son pouvoir et à le maîtriser, à l’aide de vapeurs hallucinogènes et de voyages psychiques. Le libre arbitre de Béa va peu à peu se taire, muselé par cette éducation rude. Son geôlier a perdu toute sympathie à son égard et l’entraîne, comme un soldat, en quête de leur vengeance. Cette seconde partie est violente, elle décrit les mécanismes de manipulation utilisés par cet homme. C’est un très beau texte sur l’embrigadement, la manipulation du libre arbitre. Un récit psychologique intime et percutant.

….un destin

Et puis, soudain, Béa se retrouve en face de la duplicité de son bourreau. Elle a sous les yeux la preuve que ses doutes sont fondés, qu’elle est manipulée. Courageuse, malgré son état, elle va parvenir à s’enfuir. La troisième partie sera majoritairement dédiée à son procès, à sa confrontation à ses actes. Bien que victime de cet homme, Béa s’est néanmoins rendue coupable de nombreux crimes pour lesquels elle devra être jugée. Ce qui est très intéressant, à cet instant du récit, c’est le regard d’un des sorciers, qui lui rend alors visite. C’est son esprit, qu’elle a vu dans l’œil du lièvre au début du livre, c’est lui qui voit une multitude de mondes. Il lui dira que dans certains mondes, elle a su dire non avant de commettre ces crimes, que dans d’autres elle n’est jamais revenue à la raison comme c’est le cas actuellement. C’est un moment très important de ce roman, qui rappelle qu’il n’y a pas de moment où il est trop tard de prendre conscience, de dire non, de se lever. La troisième partie s’articule surtout autour de cette question du pardon, du poids de la faute. C’est un procès sans aucune complaisance qui va se tenir.


Ce titre de Burgess est encore, toujours, puissant, dérangeant, juste et nécessaire. C’est un beau texte, parfois cru.

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